vendredi 20 mai 2011

Cannes : Lars Von Trier "persona non grata"


Après l’expression de sa "sympathie pour Hitler" en conférence de presse, le réalisateur Lars Von Trier a été déclaré "persona non grata" par le festival de Cannes. Son film reste toutefois en compétition.

Cannes attendait son audace, et sûrement de nouvelles controverses artistiques autour de Melancholia, son dernier film. Lars Von Trier, enfant terrible du cinéma danois, a bel et bien hérissé les poils de la Croisette cette année, mais hors cadre et sans rallier à sa cause. Après ses déclarations choquantes sur Hitler mercredi en conférence de presse, la direction du festival n’a pas tardé à réagir : elle vient de déclarer "persona non grata" le réalisateur. Une décision inédite depuis au moins 50 ans, selon le président du festival, Gilles Jacob.

"Le Festival de Cannes offre aux artistes du monde entier une tribune exceptionnelle pour présenter leurs œuvres et défendre la liberté d'expression et de création", expliquent les organisateurs de la manifestation dans un communiqué. Le Conseil d'administration du Festival, qui s'est réuni en séance extraordinaire ce jeudi, "regrette profondément que cette tribune ait été utilisée par Lars Von Trier pour exprimer des propos inacceptables, intolérables, contraires aux idéaux d'humanité et de générosité qui président à l'existence même du Festival", poursuivent-ils.

Melancholia, l’un des films les plus attendus du festival, reste toutefois en compétition. La direction du Festival a décidé de "sanctionner un homme, pas une œuvre", a expliqué jeudi à la presse Thierry Frémaux, délégué général de la manifestation. Mais le cinéaste n’est plus accrédité et ne pourra venir lui-même chercher un prix s’il est récompensé.
Provocation

En conférence de presse mercredi, le Danois avait notamment expliqué, dans une monologue déconcertant, "qu'il comprenait Hitler". Prié de s’expliquer sur ces propos, il a ensuite déclaré dans un communiqué "n’être ni antisémite, ni raciste, ni nazi", et présenté ses excuses. "C'est une de ces provocations auxquelles il nous a habitués", estime aujourd’hui Thierry Frémaux, rappelant que Lars Von Trier est marié à une femme de confession juive. Arrivé à Cannes avec les deux poings tatoués du mot "FUCK" qu'il a exhibés à l'envi, le cinéaste est certes coutumier des coups d’éclat, avec des films souvent novateurs sur le fond ou sur la forme, tels son Antechrist présenté l’an passé, Dancer in the Dark, Palme d’or 2000, ou Dogville.

Mais cette dernière provocation ne passe pas. Les propos de Lars Von Trier "ternissent l'image" du festival, a estimé jeudi Gilles Jacob. La communauté juive s’est aussi émue de cette sortie fracassante. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) s'est ainsi déclaré jeudi "horrifié" par des déclarations "qui traduisent dans leur ignominie les tendances les plus inquiétantes de la banalisation actuelle du nazisme". L'association American Gathering of Holocaust Survivors and their Descendants (le Rassemblement américain des survivants de l'Holocauste et de leurs descendants) s'est pour sa part félicitée de l'exclusion de Lars Von Trier.

L’intéressé a fait savoir, par le biais d’une de ses productrices, qu’il acceptait "toute décision de la direction du festival pour le sanctionner".

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