vendredi 2 septembre 2016

L'incroyable fiasco du plan meurtrier de survivants juifs pour se venger des nazis

En 1947, des survivants de l'Holocauste ont décidé de prendre leur revanche mais leur plan ne s'est pas passé comme prévu. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, un petit groupe d'une cinquantaine de jeunes survivants de l'Holocauste a décidé de se venger et de faire en sorte que les crimes de guerre des nazis ne restent pas impunis. Leur mission était simple: «Tuer des Allemands. Autant que possible», explique Joseph Harmatz, aujourd'hui âgé de 91 ans, à l'agence de presse américaine Associated Press. Après que le premier plan qui consistait à verser du poison dans le réseau d'eau potable de Nuremberg tombe à l'eau –il était par ailleurs contesté par plusieurs membres du groupe parce qu'il aurait également fait des victimes chez les Allemands innocents et aurait forcé une partie de la communauté internationale à diminuer son soutien pour la création de l'État d'Israël–, ils se sont recentrés sur leur plan B, qui ciblait tout particulièrement 36.000 prisonniers SS parqués à proximité de la ville. L'Express racontait la suite en mars 1998: «En avril 1946, ils s'introduisent en catimini dans la boulangerie qui alimente le camp et badigeonnent quelques milliers de miches de pain à l'arsenic. Interrompus par une patrouille de police, ils parviennent à s'enfuir de justesse.» Des membres de ce groupe avaient découvert qu'une boulangerie livrait des miches de pain au camp de prisonniers de guerre de Langwasser, près de Nuremberg. Le 13 avril 1946, trois des membres du groupe ont passé deux heures à mettre de l'arsenic dans 3.000 miches de pain, avec pour but de tuer 12.000 SS. Selon un mémo confidentiel de 1947 qu'AP a pu se procurer, la quantité d'arsenic qui était «mélangé avec de l'eau et de la colle était suffisante pour tuer environ 60.000 personnes». Dans le camp, les SS ont montré des symptômes «similaires à ceux du choléra et comprenaient des vomissements et des éruptions cutanées». Dans le rapport, AP découvre que la quantité d'arsenic retrouvé dans une des miches était de 0,2 grammes, quand une quantité de 0,1 à 0,3 grammes est mortelle dans la plupart des cas. En 1946, le New York Times évoquait 1.900 Allemands empoisonnés à l'arsenic dans un camp de prisonniers américain. Le quotidien new-yorkais indiquait par ailleurs qu'il était possible qu'il y ait plusieurs centaines, voire un millier de morts. Pas de condamnation Et pourtant, il semble qu'aucune personne n'en soit morte. Un mystère auquel l'agence de presse émet plusieurs hypothèses: «La théorie principale est que dans leur hâte, les conspirateurs ont répandu le poison trop finement. Une autre est que les prisonniers nazis ont immédiatement senti que quelque chose n'allait pas avec ce pain, et personne n'en a donc ingéré suffisamment pour en mourir.» Après l'attaque, les conspirateurs ont réussi à s'enfuir et rejoindre la Palestine. Les autorités allemandes ont enquêté sur deux des conspirateurs qui avaient travaillé dans la boulangerie, après qu'ils ont révélé des détails de cette opération, dans un documentaire, en 1999. «Les procureurs ont conclu que même s'il y avait bien une tentative de meurtre, ils n'allaient pas les poursuivre en justice, en raison des “circonstances extraordinaires”.» AP, de son côté, a donc retrouvé l'homme derrière cette attaque, Joseph Harmatz, qui n'a aucun regret à part celui de n'avoir tué personne: «Nous ne voulions pas rentrer en Palestine, sans avoir fait quelque chose. Dieu nous maudisse si après la guerre nous avions retrouvé notre routine sans penser à prendre notre revanche sur ces bâtards. Il aurait été horrible de ne pas répondre à ces animaux.»

lundi 29 août 2016

Une prof aux propos antisémites et complotistes sur Facebook visée par une enquête interne

Enseignante en classe préparatoire au prestigieux lycée Janson-de-Sailly, à Paris, elle a pour habitude d'ajouter en amis ses élèves sur le réseau social, selon "L'Obs". L'affaire a été révélée par Le Canard enchaîné le 27 juillet, mais elle rebondit jeudi 11 août avec la publication de captures d'écran de posts Facebook par L'Obs. Une professeure de langues en classe préparatoire au prestigieux lycée Janson-de-Sailly, à Paris, se livre sur le réseau social à des logorrhées antisémites et complotistes, selon l'hebdomadaire. L'enseignante a refusé de répondre à L'Obs. De son côté, le ministère de l'Education a ouvert une enquête interne. "La Shoah organisée par des Juifs" Le "lobby juif américain", la quenelle, la Shoah "prévue et organisée par des Juifs", Mohamed Merah, la pensée d'Alain Soral : voici quelques-uns des sujets abordés ou relayés par cette enseignante. Des propos que les élèves ont pu découvrir quand la prof les ajoutait en fin d'année sur son réseau Facebook. Dans un post, publié par L'Obs, l'enseignante écrit : "Trump est un génie, et si j'avais ma carte d'électeur aux EU, je voterais pour lui aux primaires et à l'élection générale. Après m'être demandé qui était derrière Trump, j'ai enfin compris. C'est Dieu, pour ceux qui y croient, qui envoie Trump. Et nos petits bouffons français qui obéissaient jusque-là aux consignes (en gros) de l'AIPAC, le lobby juif américain, ce qui soutient cette saleté d'Hillary Clinton, doivent commencer à se poser des questions." Un autre jour, elle s'exaspère "des célébrations à n'en plus finir de la libération des camps de concentration", écrit L'Obs. Elle relaie aussi des photos de quenelles de Dieudonné (condamné à plusieurs reprises pour antisémitisme) et propose de lire le dernier texte d'Alain Soral (encore récemment condamné pour apologie de crimes de guerre et contre l'humanité). Délires complotistes Son propos se teinte de complotisme. Pour elle, "Mohamed Merah n'a jamais tué personne. Il a été criblé de balles avant de pouvoir le dire. Pour ne pas pouvoir le dire. C'était un petit kéké de banlieue repéré et manipulé par les services secrets à des fins politiques." Quant aux morts de Charlie Hebdo, ils auraient été tués par "des Etats dits 'occidentaux'". Le ministère de l'Education a expliqué à L'Obs qu'une enquête interne était en cours pour "établir la véracité des faits qui (…) sont reprochés" à l'enseignante, notamment s'il y a eu "propagande" auprès des élèves. L'enquête doit aboutir avant la rentrée et l'enseignante pourrait être sanctionnée.

samedi 27 août 2016

Ces photos témoignent de la création d'un ghetto juif en Pologne, en 1940

L'historienne Julia Werner a découvert au Musée juif de Rendsburg (Allemagne) cet ensemble de photos qui constitue un des seuls témoignages visuels dont nous disposons de la construction d'un ghetto. Prises le 16 juin 1940 par le soldat allemand Wilhelm Hansen, ces 83 images (dont vous pouvez voir une sélection ci-dessous) décrivent le déménagement forcé de la population juive de Kutno (Pologne) de ses maisons vers une usine de sucre abandonnée, où elle s'est vu ordonner de s'installer. «Aucune autre source ne nous permet de parler de la ghettoïsation avec autant de détails: les carrioles à cheval, les gens en train d'attendre, les masses d'objets, possessions, meubles que, dans ce cas particulier, ils ont été capables d'amener dans le ghetto», écrit Werner dans un long résumé du contexte des photographies, publié sur le site de la Shoah Foundation Institute for Visual History and Education (University of Southern California). Les photos montrent aussi «la situation désespérée, à la fin de la journée, dans les bâtiments de l'usine de sucre, où environ 7.000 personnes ont été en gros abandonnées avec leurs bagages». Quand Hansen a pris ces photos, il était un soldat de la Wehrmacht; un an après, il a candidaté, avec succès, pour devenir membre du parti nazi. Photographe amateur de longue date, il a apparemment pris les photos pour son usage personnel davantage que pour un usage officiel. «En gros, Hansen a passé toute la journée à documenter ce déménagement forcé», écrit Werner. «De ces photos, nous pouvons déduire qu'il s'est déplacé librement et n'a pas essayé de cacher son appareil.» Werner écrit qu'il existe un vide majeur dans les archives photographiques des nombreux déplacements forcés de Juifs durant l'occupation allemande: on n'a quasiment pas d'images prises par des Juifs polonais. «L'accès aux appareils photo était très inégalitaire», écrit Warner. «Les Juifs n'étaient pas autorisés à posséder un appareil, et chez les Polonais non-Juifs, son usage était strictement limité à la sphère privée. Les occupants allemands, non seulement ont exproprié de leur entreprise les Polonais propriétaires de leur laboratoire photo et ont interdit les photographes professionels de travailler, mais ils ont aussi confisqué les appareils photo.» Le Shoah Foundation Institute a enregistré des témoignages oraux de survivants qui ont vécu dans le ghetto de Kutno, qui peuvent nous aider à comprendre comment les Juifs ont pu voir ce camp à ciel ouvert. Dans un de ces entretiens, Barbara Stimler se souvient de l'esprit de coopération qui existait parmi les habitants du camp, qu'elle qualifie de «pire endroit où elle a jamais vécu»: «Nous sommes arrivés sans rien, mais il y avait un comité de répartition, et ils nous ont donné un lit.» Dans un autre entretien, Gordon Klasky, un barbier qui fini par réinstaller son commerce dans l'enceinte de l'usine de sucre, décrit les conditions de vie: «Nous avions collé les lits les uns aux autres... Il n'y avait pas de place où marcher, juste où s'allonger sur les lits... Beaucoup de gens avaient installé leur petit chez-soi, vous savez, comme le font les Indiens... comme des tentes, mais construites en bois, avec des couvertures sur le dessus... Quand il pleuvait, nous étions en train de nager.» Quand on lui demande comment la Gestapo contrôlait les faits et gestes des gens vivant à l'intérieur du camp, Klasky répond: «J'ai vu un frère juif être abattu, de mes propres yeux. Il s'est approché trop près des barbelés, et le garde l'a tout simplement abattu. Je ne l'oublierai jamais.»